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Je pense qu’être artiste aujourd’hui
consiste à remettre en question
la nature de l’art.



Joseph Kosuth



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Contemporain

pour dire “d’aujourd’hui”, “actuel”, “de maintenant” ! Pas autre chose.


Jacques-Yves Le Docte

La Maison de la création s’insurge face à la pseudo inaccessibilité de l’art contemporain.
Dans l’histoire de l’art, le vocable “création contemporaine” s’est fait une spécialité des choses abstraites, des idées complexes, “conceptuelles” et de leurs formes étranges, hermétiques, réservées aux seuls initiés. Comme si les territoires de la création d’aujourd’hui devaient se protéger derrière de hauts murs d’OPA-CITÉS ou au-delà de douves profondes. Pourtant il existe d’autres sentiers qui mènent à ces lieux où l’on réinvente les images, les sons et les langages du monde. Ces lieux appartiennent à tous, et là, art CONTEMPORAIN rime avec art POPULAIRE! D’ailleurs les artistes, spontanés, n’ont pas attendu : tout autour de nous, rap et slam traversent les murs du son. La culture hip hop danse, scande et peint ses rêves comme ses cauchemars sur tous les chemins de notre vie urbaine.

Ça pousse de partout, à force de révolte, de jeu, de poésie. Irrésistiblement, ces cultures populaires, ces “arts de la rue” affinent leurs techniques, développent leurs codes pour inséminer d’autres sphères où bouillonnent fertilisations croisées et métissages improbables. Et puis quoi, il y aurait un “autre côté”, où les artisans de ces bricolages magiques, les fruits NOVATEURS de ces orfèvres qui révolutionnent, ne seraient plus pour tout le monde ? C’est bien simple : nous revendiquons la création contemporaine POUR TOUT LE MONDE.

À voir, à entendre, à faire !






L’art et la culture

Roland de Bodt

Vérité ou provocation ? La finalité des expressions artistiques, des créations artistiques n’est pas l’art. La finalité de la création c’est l’ouverture des imaginaires.
La création propose de nouveaux regards sur la réalité. De nouvelles approches de la vie collective ou de la vie intérieure propre à chacun. S’il n’est pas un mensonge – en postulant la sincérité de la recherche de toute création – l’art pour l’art est une voie sans issue. Lorsque la création spécule sur les moyens de l’expression artistique, elle n’échappe jamais à la production de sens, à l’expression humaine. Elle contribue toujours – que la tentative soit aboutie ou non – à un enrichissement du patrimoine imaginaire de l’Humanité.

Si la pratique artistique n’est qu’un des domaines de la vie culturelle des populations, elle est au cœur de la vie imaginaire. Elle est un ressort essentiel de l’activation et de la formation des imaginaires, de l’invention des langages, des expressions, des attitudes de vie.

Pour cette raison l’art ne peut jamais être assujetti, instrumentalisé.

L’enjeu intime de la création artistique, dans le sens le plus élevé de cette pratique, reste inévitablement la quête des expressions imaginaires contemporaines. C’était vrai pour Eschyle, pour Goya, pour Mozart, pour Beethoven, pour Schoenberg, pour Picasso, pour Descartes, pour Voltaire, pour Wagner, pour Zola, pour Molière, pour Brecht…

L’enjeu social de la création artistique n’est pas la transformation du monde, mais la transformation des imaginaires. Il peut en découler une transformation du monde.

De la création artistique, on peut difficilement vérifier l’efficacité à court terme sur la pensée, sur les choix et les attitudes des populations. Mais paradoxalement cette efficacité est réelle et profonde. Elle imprègne d’autant plus les imaginaires et les moteurs de l’action humaine qu’elle met en œuvre les sentiments et les émotions. Elle nourrit toujours – même quand elle la perturbe et la choque – la vie spirituelle de tout individu. La vie symbolique des collectivités.

La création artistique s’adresse à l’individu dans la pleine diversité des dimensions de sa personne. Elle l’accrédite d’emblée comme un être à part entière doué de toutes les fonctions vitales qui font que l’être humain n’est pas un animal comme les autres : la pensée, les sentiments, la capacité de se projeter dans l’avenir, de rêver le monde, de s’abstraire des contingences et des contraintes quotidiennes, de donner forme à des modalités diverses de gouvernements de la vie collectives et d’y participer.



Roland de Bodt in Le Cercle Ouvert, Lettre au Parlement de la Communauté française de Belgique, Racines Textes, Mons, 1999